Hervé Coves : Vivre ensemble notre monde truffé d’amour.

Bibliographie : Hervé Coves

Hervé Coves ingénieur agronome, frère Franciscain, et grand supporter de la permaculture se passionne pour les êtres vivants, bactéries, plantes, champignons et animaux ainsi que les relations qui les unissent. À la tête d’un service de recherches pour la Chambre d’agriculture de la Corrèze, il dirige notamment la truffière expérimentale de Chartrier-Ferrière. Sa maxime : « la Vie est belle ».

Christel Jacson est journaliste depuis dix ans en milieu rural. Elle a travaillé pour différents titres de presse agricole et des magazines de pays notamment Pays du Limousin. Sa vocation : écouter et mettre en lumière les belles expériences.

Ensemble, ils ont exploré les multiples facettes d’une vie dédiée à la nature. Une invitation à voir la vie autrement, un voyage spirituel avec des excursions en forêt amazonienne, une rencontre avec des grands singes hurleurs, des chants Hopi, des rêves, des interactions, des combats… Et surtout des truffes qui poussent lentement sous les chênes, et livrent leurs secrets aux hommes qui s’émerveillent…

Chacun, ayant écouté les conférences d’Hervé, saisira immédiatement l’intérêt de cet ouvrage.

 

Passionnant ! Le témoignage d’Hervé est fidèle à l’image qu’il donne dans toutes ses interventions. Voici un récit qui allie connaissances en agronomie, profondeur de pensée et générosité envers la terre et les êtres vivants. Ardent promoteur de la permaculture, Hervé nous donne à voir, au fil de ces entretiens, son parcours vers la science agronomique et sa découverte de la vraie nature de la création.

Invitation à une leçon de vie et de permaculture.

Francis Hallé en signe la préface et je ne résiste pas au plaisir de vous en donner citation ici :

« Vivre ensemble: notre monde truffé d’amour est autobiographique et je commence donc par résumer le parcours de Hervé Coves, inhabituel et exceptionnellement intéressant; nous avons affaire à un personnage multiple, fascinant, parfois déconcertant.

 Enfant, il rêvait d’être berger, tout en ayant acquis déjà une bonne connaissance de la botanique ; étant étudiant à l’Agro de Nancy, un enseignant charismatique le convainc de l’importance de la biologie des sols et il décide de devenir agronome.

 Employé à la Chambre d’agriculture du Limousin, puis à celle de la Corrèze, il étonne son entourage par l’incroyable diversité de ses préoccupations professionnelles; tel un digne successeur de Duhamel du Monceau, il s’intéresse à l’apiculture, à l’élevage des lapins angoras et des kangourous, à la culture des framboisiers et à celle des truffes, à la production de foie gras, à la phy- toépuration, à la mycologie et même à la conservation des orchidées sauvages. Tout cela converge vers la per- maculture dont Hervé Coves se fait l’ardent défenseur; cela va le conduire vers son destin, c’est-à-dire, dans son cas, vers les tropiques.

 Sa découverte des basses latitudes débute par des constats politiques. Nous, les Européens, «sommes nés du bon côté du monde»; la Banque Mondiale nuit aux «pays du Sud» en préférant leur fournir des devises et de l’aide alimentaire plutôt que de favoriser leur développement.

Suivent des questions naturalistes. Puisque les thrips, ces insectes qui stérilisent les fraisiers, pollinisent les diptérocarpes d’Asie tropicale, ne pourrions-nous utiliser des plantes d’Europe dont le pollen intéresse les thrips pour protéger nos fraisiers ? Et puisque la forêt tropicale semble être un modèle optimal pour la perma- culture, ne faudrait-il pas aller sur place pour l’observer?

 En 2001, il se rend en Guyane et séjourne en forêt de Saül, village d’orpailleurs au centre du département. Sa découverte passionnée des forêts de l’Amérique tropicale le place dans la lignée intellectuelle de Humboldt et de Darwin. En forêt, les nuits sont bruyantes car tous les animaux, des batraciens aux insectes et des oiseaux aux primates, émettent des signaux sonores, surtout destinés à attirer les partenaires sexuels. D’abord effrayé par cet énorme concert nocturne, il réalise que ce sont « des chants d’amour», comme il les appelle. Il se sent environné par l’amour, passe « l’une des plus belles nuits » de sa vie et, lui qui jusque-là se disait athée, décèle dans cette aventure la marque de «l’Esprit saint» des chrétiens.

 Retour dix ans plus tard à Saül: le charme de ces sous-bois étranges continue d’agir; cette fois, il rencontre une troupe de singes hurleurs, dont le mâle dominant lui fait très peur avant de lui inspirer sympathie et admiration en grimpant dans les branches pour susciter la chorale de hurlements caractéristique de son espèce. Aurais-je mal compris les liens de cause à effet? Toujours est-il que, de retour en ville, Hervé Coves va voir l’évêque de Guyane, assiste à une messe à la cathédrale de Cayenne et pleure en communiant. Revenu en France, il rencontre les franciscains de Brive-la-Gaillarde, comprend que saint François d’Assise — qui aimait tant les plantes et les animaux — est un digne patron pour l’écologie et devient franciscain lui-même.

Il ne m’appartient pas de porter le moindre jugement sur l’incroyable expérience de Hervé Coves mais je confirme que la vie en forêt tropicale est un puissant moyen de se connaître, un révélateur de la personnalité, celle des autres et la mienne ; après un séjour en forêt on ne voit plus le monde comme avant.

 

Certains aspects de cette personnalité, à mes yeux aussi attachante que déconcertante, méritent d’être évoqués, tels qu’ils apparaissent dans ensemble.

 Il a un goût prononcé pour les êtres vivants, bactéries, plantes, champignons et animaux et pour les relations qui les unissent. Vrai émule de Stephen J. Gould, il se passionne pour la diversité biologique, ce qui est une vraie raison de lire son ouvrage.

 A la station expérimentale de Chartrier-Ferrière, il découvre que si les limaces mangent les truffes, il ne faut pas y voir des parasites ni les détruire car ces mollusques ne digèrent pas les spores des truffes et stimulent leur germination: sans limaces, plus de truffes! Il n’y a pas que les limaces; tout un bestiaire tourne autour du «diamant noir» – fourmis, campagnols, sangliers, etc. « Les raisonnements classiques de l’agronomie ne sont pas adaptés à des systèmes aussi complexes», ce qui impose une vision systémique, ou holiste comme dit l’auteur, reposant forcément sur les résultats de nouvelles recherches.

Une deuxième constante est sa passion, ambiguë et marquée par la contradiction, pour la recherche scientifique. Un jour, dit-il, j’ai compris que « la recherche n’était vraiment pas pour moi»; un peu plus tard, «quand on fait une découverte scientifique, cela relève de la transcendance, de la grâce ». En attendant, ses résultats sur la culture de le truffe lui valent la du Financial

 Militant, comme José Bové et Fabrice Nicolino, il ne cesse de protester contre les démissions de l’Etat en matière agricole, contre les vues simplistes des technocrates qui rasent les haies vives et prônent l’usage massif de pesticides, contre les élus qui laissent mourir les campagnes, en considérant que « ce n’est pas si grave ».

 Hervé Coves aime la discussion et le contact avec les gens ; il sait écouter, se remettre en question, adopter les idées des autres, il est sensible au charisme de ses interlocuteurs et il est lui-même charismatique.

 Il assume ses contradictions; ni le farfelu, ni le loufoque, ni même une pointe d’obscurantisme ne le dérangent vraiment; il explore la permaculture sans la définir car, dit-il, « cela permet de ne pas enfermer notre esprit dans un cadre trop rigide. C’est important de ne pas tout définir». J’espère, Hervé Coves, que nous allons nous rencontrer et discuter enfin, mais des divergences sont à prévoir !

En attendant, je ne saurais trop encourager celles et ceux que préoccupe l’Europe de demain, à lire Vivre ensemble.

Dans la lignée de Pierre Rabhi, de Lydia et Claude Bourguignon et de Gilles Clément, voilà un texte jubi- latoire qui plaide pour une agriculture nouvelle, fondée sur l’extrême attention portée aux sols agraires, sur le respect de la diversité biologique et des interactions entre espèces ; cela fait tellement de bien, un auteur libre et qui dit la vérité. »

 Francis Hallé, Montpellier, 29 octobre 2015

Quelques morceaux choisis pour vous inciter à lire Hervé :

Par ailleurs, les champignons assurent le transfert d’informations entre les plantes. C’est un peu «l’Internet naturel». Le molybdène, le phosphore ou le sélénium transportés par le champignon pour les plantes sont des informations à part entière. Leur présence est une sorte de gradient dans les écosystèmes: parfois il y en a beaucoup, d’autres fois il y en a moins. Chaque fois qu’une chose se déplace, elle donne deux informations: sa présence, et son mouvement.

 Les plantes utilisent ces canaux pour transférer d’autres informations. Au niveau des mycorhizes, ces petits organismes qui assurent la jonction entre la truffe et l’arbre, on trouve mille fois plus d’ARN7 que partout ailleurs. Il s’agit de copies d’ADN que s’échangent les plantes pour fabriquer des protéines. Ces transferts leur demande une certaine énergie, mais ce sont des e-mails très efficaces: via les champignons, les plantes s’informent des attaques de pucerons, ou encore de maladies fongiques. Les messages peuvent même être interceptés par des variétés différentes! C’est un langage très complexe que l’on découvre à peine. On estime que les plantes formuleraient 1 200 « messages » différents, avec des combinaisons, un vocabulaire… Jouant les

Champollion, les chercheurs ont identifié huit informations pour l’instant. Ils trouvent le sens d’un mot, mais ne comprennent pas forcément le sens de la phrase. Une chose est sûre : sans champignon, les plantes ne s’enverraient pas ces messages.

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 Par ailleurs, on a démontré que les champignons n’aiment pas les milieux trop riches en azote, et les nitrates contribuent à leur extinction. Les emplois répétés d’engrais chimiques, à forte dose et de façon homogène, ne laissent aucune place au champignon. Ainsi, des fonctions entières disparaissent. Ce faisant, il ne faut pas s’étonner que nos plantes soient de plus en plus malades et que l’on soit obligé de les traiter ! Elles seraient capables de se défendre par elles-mêmes si elles recevaient l’information. .. Comme il n’y a plus de champignon, on remplace le e-mail naturel par des avertissements numériques qui indiquent aux agriculteurs quand ils doivent traiter. On a substitué une fonction naturelle par une fonction qui rapporte du PIB. Et encore… Si on intégrait le coût de la destruction de la vie, on constaterait que ce n’est pas rentable. Mais on considère cela comme un progrès…

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 Finalement, Marc-André Selosse a trouvé du mycélium dans la tige, dans les feuilles et même les fleurs des orchidées. Quel est le but? On ne comprend pas cette fonction, mais une autre étude a montré que 50% des racines d’une plante saine sont constituées de champignons, de même que 15 à 30 % des feuilles et 10 % des tiges.

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 Comment avez-vous découvert la permaculture?

 Comme je l’ai dit précédemment, j’ai cherché à définir mon écosystème humain. Concrètement, j’ai fait la liste des plantes nécessaires à ma survie. J’ai commencé ces recherches en juillet 2005 dans le cadre du réseau Téla Botanica8, sous le nom du projet SOPHY. À partir d’une base phyto-sociologique, j’ai établi une première liste de 121 plantes indispensables à la vie humaine situées dans notre région climatique. J’ai poursuivi, et j’ai établi une seconde liste de 350 plantes ! Elle inclut les plantes que nous consommons, et les plantes compagnes sauvages qui sont nécessaires à leur culture. Certaines espèces revenaient curieusement très souvent, comme le lierre, l’aubépine, le noisetier, le cornouiller sanguin, le prunier épineux et le chêne pédonculé.

 Que retenez-vous de cette étude?

 L’idée fondamentale que «un plus un font plus que deux». Quand on place une plante à côté d’une autre, on obtient les deux plantes, plus leurs interactions positives ou négatives. On peut les considérer comme un delta supplémentaire. Quand on introduit une troisième plante, elle est reliée aux deux autres plantes, mais aussi au bloc des trois. On arrive à quelque chose d’encore plus grand. Plus on augmente le nombre de plantes, plus ce delta augmente. À partir d’un certain seuil, il se stabilise.

J’ai repéré les plantes qui permettaient le plus grand accroissement possible de cette fonction, de ce petit différentiel calculé sur cette base. Le jour où j’y suis parvenu, j’ai vécu ma petite étincelle.

 Jusqu’à présent, je pouvais le concevoir de manière intellectuelle, mais là, j’en avais la preuve grâce à ce travail mathématique et statistique. Pendant des mois, j’ai été dans un état de fébrilité énorme. Je dormais une à deux heures par nuit, je passais mon temps à faire des calculs sur mon ordinateur… J’ai dû changer mon système d’exploitation qui n’était plus assez puisant pour gérer une base de données de 200 000 lignes sur 4 000 colonnes !

 Au final, j’arrivais à des ratios hallucinants. Par exemple, en additionnant 15 plantes, j’obtenais 40 fonctions ! Dans un écosystème, plus on introduit de diversité, plus on obtient de fonctionnalités, et mieux le système fonctionne. Ce travail fut une première étape pour bâtir ce fameux écosystème humain.

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 Comment mettre en place la permaculture ?

Par où commencer?

 Il y a trois mots clé : le lien, la sobriété et le partage. Tout d’abord, il faut se relier à son environnement, l’observer. On constate alors que le vivant est fondamentalement sobre. Dans la nature, la stratégie la plus efficace est d’investir l’énergie la plus faible pour obtenir le plus grand résultat possible. Personne ne veut gaspiller son énergie. Enfin, quand un élément nutritif s’accumule trop dans un organisme, il le partage avec son écosystème.

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 Concrètement, quels motifs de permaculture avez-vous appliqué dans vos stations ?

Par exemple, nous avons planté onze plantes compagnes près de nos framboisiers. Elles accueillent des auxiliaires qui règlent 95 % des pathologies ! Nous avons publié des listes similaires pour les pommiers, les châtaigniers. .. et nous avons lancé des expérimentations chez les agriculteurs. Le principe est assez simple: chaque plante attire des pucerons particuliers à des dates différentes. Ainsi, les prédateurs des pucerons se déplacent de vergers en vergers. On cultive des plantes pour nourrir les pucerons et attirer leurs prédateurs. Globalement, ce système fonctionne bien et évite tout traitement sanitaire. Cependant, pour attirer les auxiliaires, l’arbre doit avoir subi la maladie parasitaire au moins une fois. Il garde alors en mémoire les pathologies et les solutions.

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 Allez, le meilleur est encore à découvrir dans le livre. Courrez l’acheter et lisez le, c’est du bonheur !

Bonus : Voici une vidéo (11’46) d’un entretien avec Hervé lors de la présentation de son livre lors de la foire au livre de Brive.

Hervé nous rappelle ici l’essentiel de son message: