Permaculture, fertilité des sols et stockage du carbone.

Le dernier rapport d’étude de l’Institut Sylva est paru : 
C’est un résumé de la thèse de fin d’étude de Valentin Sohy à l’Université de Liège-Gembloux, travail conduit sous la direction d’une équipe de spécialistes européens de la séquestration de carbone organique dans les sols. Il a bénéficié de moyens d’investigation en laboratoire particulièrement sophistiqués.
 
Voici les enseignements importants de cette étude : 
 
1) La vitesse de séquestration du carbone dans les sols des jardins de la ferme est jusqu’à 26 fois supérieure à l’objectif des « 4 pour 1 000 » de l’INRA. Le stock de carbone augmente jusqu’à 10 % par an. Ceci démontre le potentiel d’amélioration rapide des sols, d’une part, et leur effet « puits de carbone », d’autre part.
 
2) Les taux de minéraux bio-disponibles sont particulièrement élevés, supérieurs aux autres milieux étudiés (prairie et terres cultivées en conventionnel. La thèse initiale comparait également avec la forêt adjacente). Les terres cultivées en conventionnel ont les taux de minéraux les plus bas. Il faut souligner que le jardins de la ferme n’ont pas reçu (ou alors uniquement très ponctuellement), d’engrais ou d’amendements minéraux, alors que les terres en conventionnel en reçoivent chaque année.
 
3) La Capacité d’Echange Cationique (CEC) est élevée pour nos sols et le taux de saturation en bases est de 100 % – en termes courants, cela signifie que nos sols ont une capacité importante à stocker des minéraux bio-disponibles pour nourrir les plantes. Ceci reflète des sols fertiles. Ce point est surprenant car, lors des premières analyses de sols réalisées à de la création de la ferme en 2007, la CEC était exceptionnellement basse.
 
Ces résultats attestent de la possibilité de transformer des sols particulièrement peu fertiles et peu adaptés au maraîchage (2007), en des sols fertiles et riches en nutriments. Ils confirment les observations visuelles : il est constaté en effet, que la profondeur des sols augmente d’au moins un centimètre par an. Cette « création » de sol est obtenue grâce à une stratégie fondée sur l’utilisation de matières organiques (renouvelables) locales, et sur le recyclage de déchets organiques du territoire. Cette « stratégie organique » est inspirée de celle des jardiniers-maraîchers parisiens du XIX° siècle, elle n’avait probablement jamais été étudiée scientifiquement par l’agronomie contemporaine.
 
Il est frappant de constater que l’on peut concilier une productivité élevée (démontrée par l’étude « Maraîchage biologique permaculturel et performance économique » : 55 € du mètre carré), et une amélioration rapide du sol.
 
L’agriculture conventionnelle a permis d’augmenter la productivité des terres agricoles, mais l’élévation des rendements s’est accomplie grâce à des apports importants de fertilisants minéraux et de synthèse, gourmands en ressources non renouvelables (épuisement à moyen terme des mines de phosphates et du pétrole), et au détriment des sols. Les terres conventionnelles étudiées dans le cadre de ce programme ont la plus faible teneur en minéraux et en carbone organique, ils sont donc sensibles au lessivage et dépendants des intrants.
 
L’approche du Bec Hellouin ne fait appel qu’à des ressources biologiques renouvelables (les apports de minéraux ont été anecdotiques), pourtant la teneur en minéraux est élevée. Est-ce à dire que la matière organique suffit à apporter les minéraux indispensables ? Ceci bousculerait un peu l’approche contemporaine ! 
 
De même :  » Dans le cadre de cette étude, aucune corrélation entre la teneur en argile et la CEC n’a pu être mise en évidence… La matière organique semble jouer un rôle plus important que les argiles dans le fonctionnement du sol » (p. 13). Ceci va également à l’encontre de la vision contemporaine sur la fertilité des sols.
 
Cette étude met donc en évidence qu’il est possible de « créer » des terres maraîchères fertiles uniquement grâce aux ressources vivantes et renouvelables du territoire, comme le faisaient déjà les maraîchers de l’apique pré- industrielle.
 
Le taux de séquestration de carbone particulièrement élevé démontre l’intérêt d’une « stratégie organique » pour le climat, si elle venait à se généraliser.
 
Cette première étude sur le carbone devrait être suivie par d’autres afin d’explorer plus avant ces pistes prometteuse pour lutter contre la désertification des terres agricoles et l’épuisement des ressources minérales et fossiles. La  « stratégie organique » peut jouer un rôle croissant à l’avenir pour nourrir l’humanité et lutter contre les changements climatiques. C’est une bonne nouvelle !