Kevin Morel : Les microfermes, suite logique de la permaculture

De la permaculture est né le concept des microfermes.

Comment aborder les choix stratégiques des paysans alternatifs ?

Le cas des microfermes maraîchères biologiques en France

Kevin Morel, Francois Léger, INRA & AgroParisTech, construisent un nouveau cadre d’analyse agronomique pour étudier les microfermes qui visent le bien-être des personnes et des écosystèmes plutôt que la maximisation du profit.

A partir d’une étude de cas de 12 microfermes maraîchères biologiques au Nord de la Loire, ils ont développé un cadre conceptuel pour aborder ces choix stratégiques à travers leur interdépendance, à la lumière des aspirations sociales et environnementales des paysans et de leur adaptation à la situation locale.

Ce cadre a été validé par les maraîchers sur le terrain.

Conclusions de l’étude :

A partir d’une étude de cas réalisée sur 12 microfermes dans le nord de la France, nous avons montré que ces initiatives alternatives résultent d’un projet de vie global défini par des aspirations sociales et environnementales fortes plutôt que par la maximisation du profit. Les cadres d’analyses technico-économiques classiques ne sont donc pas adaptés pour analyser leurs choix stratégiques. Le cadre conceptuel que nous proposons prend en compte les aspirations classiques des paysans comme le maintien d’un revenu décent ou d’un niveau acceptable de temps de travail mais aussi leur recherche d’autonomie, de qualité de vie, de sens et d’engagement. Dans une perspective agroécologiques, les microfermes basent leur projet sur la qualité des relations sociales établies localement et visent à créer des agroécosystèmes en accord avec les particularités du lieu. C’est la raison pour laquelle notre cadre insiste sur la nécessité de considérer la perception et l’adaptation des paysans à leur situation. De plus, en résonnance avec leurs sources d’inspiration comme l’agriculture biologique, l’agriculture naturelle ou la permaculture, la conception des microfermes repose sur une pensée holistique. Notre cadre conceptuel souligne donc la nécessité d’aborder leurs choix stratégiques à travers leur indépendance. La qualité des relations que les microfermes créent avec la communauté locale leur permet d’accéder de manière non marchande à des ressources humaines et matérielles. Elles peuvent ainsi diminuer leurs charges en limitant leurs investissements et le recours à de la main d’œuvre salariée. De plus, en créant des agroécosystèmes hautement diversifiés qui favorisent les fonctions immunitaires et métaboliques du paysage cultivé, les paysans visent une production saine, variée et abondante tout en bénéficiant d’un cadre de vie plaisant qui profite aussi à leurs voisins et visiteurs. Afin de gérer la complexité liée à ces agroécosystèmes diversifiés et faire correspondre leur offre aux demandes spécifiques des circuits courts, ils développent des stratégies innovantes d’organisation spatiale et déplanification. Par cette pensée holistique et ancrée dans le réel, les paysans des microfermes prétendent répondre à leurs aspirations sociales et environnementales. Cependant, notre étude a montré que ces aspirations pouvaient être en tension et que les maraîchers devaient réaliser des arbitrages entre certaines d’entre elles. La manière dont se font ces arbitrages mérite d’être approfondie car nous pensons qu’il s’agit d’un déterminant majeur de la viabilité de ces fermes alternatives.

Le document, ici :

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