Marcel Boucher : Géodrilologue

Tous géodrilologues ? : Nous connaissons tous l’importance du ver de terre. En participant à la nutrition des plantes et à la formation d’humus, les vers de terre sont des agents de fertilité inégalables : en 50 ans c’est l’ensemble du sol d’une parcelle qui passe par le tube digestif du vers de terre, ce qui faisait dire très justement à Aristote il y a 2400 ans, qu’ils sont les intestins de la terre.

il y a (en poids) plus de vers de terre en France que d’êtres humains sur Terre. Ils représentent en moyenne plus d’une tonne à l’hectare – contre 55 kg d’êtres humains sur la même surface. Rappel : Dans le Jardin des Fraternités Ouvrières, ce sont 3kg de vers au m2 (soit 30 tonnes à l’hectare) qui ont été mesurés par les services de l’agriculture de Belgique.

Vous pouvez facilement évaluer la richesse de vos sols en vers de terre. Un peu de moutarde, beaucoup d’eau et, en quelques minutes, la population de vers vient en surface. A vous de compter et de peser.

La méthode ici en trois document par l’université de Rennes:

opvt_protocole

opvt_identification

opvt_lombrics

 

Fabuleux vers de terre : En sept minutes, Marcel Bouché nous en bouche un coin avec le travail des vers de terre : http://vimeo.com/86607688

 

NOTE DE LECTURE :

Marcel Bouché, Des vers de terre et des hommes. Ed.Actes Sud.

Je vous en ai déjà parlé, Marcel Bouché est géodrilologue, spécialiste mondialement reconnu des vers de terre.

Pour notre bonheur, il est français et vient d’écrire un ouvrage consacré entièrement aux vers de terre, ces acteurs majeurs et  incontournables de la vie sur terre en général et de la permaculture en particulier.

L’intérêt du travail de Marcel Bouché tient à son caractère scientifique et rigoureux.

Enfin des données fiables sur l’abondance et les fonctions des lombriciens, fiables car mesurées in situ.

Au fil des pages on apprend que :

Depuis plus de 250 millions d’années, les lombriciens, issus des formes aquatiques marines et d’eau douce,  se sont adaptés à l’évolution des terres émergées et ont été (et sont encore) les acteurs principaux de la formation des terres végétales, que l’on devrait qualifier de terres lombriciennes tant leur rôle est primordial.

En France, la biomasse moyenne de lombriciens est de 1,2 tonne à l’hectare (120 grammes au m2). Les variations vont de quelques dizaines de kilogrammes dans les terres pauvres à 5 tonnes dans les prairies normandes (petit rappel : 3kg au m2 dans le jardin des fraternités ouvrières à Mouscron).

Les peuplements sont constitués (en biomasse) de 80% de vers anéciques (gros vers qui creusent verticalement), de presque 20% d’endogés (qui habitent les horizons moyens du sol) et de moins de 1% d’épigés (peuplant les premiers centimètres de matières organiques).

1 kilo de ver anécique ingère et défèque 270kg de sol par an !

En réalité, cette terre ingérée ne ressort pas intacte : elle est triturée avec de la matière organique, digérée, enrichie en germes microbiens et en mucosités, laissée en place ou en surface à maturer comme un fromage, puis ingérée à nouveau dans un nouveau cycle de digestion. Le produit final, le lombrimix, est un condensé de substrat nutritif, de loin le meilleur des engrais.

La masse totale de l’azote ingéré par les vers représente 230 grammes par mètre carré et par an, soit 2300 kilos d’azote par hectare,  près de dix fois la valeurs des apports que font les agriculteurs aux champs. La matière organique ingérée provient surtout des feuilles et herbes mortes (76,1%), puis des turricules (excréments des vers) anciens fermentés (15,9%) et enfin du sol de façon décroissante de la surface vers la profondeur (respectivement 5,6%, 1,9%, 05%) selon des mesures réalisées sur un sol forestier.

En prenant pour exemple, une prairie permanente et en se limitant arbitrairement à une profondeur de 25 centimètres, il y a, par mètre carré exprimé en matière sèche : 350 kilos de sol dont :

-14 kilos de matière organique morte

– 2 kilos de matière vivante représentée par les plantes sur et dans le sol

– 200 grammes de microorganismes

– 19 grammes d’animaux dont les lombriciens représentent 15 grammes.

A cela il faut ajouter 100 kilos d’eau et de l’air.

On voit donc que les vers de terre représentent 70 à 80% de la masse des animaux portés et abrités par le sol (et vingt fois celle des hommes.) Des études par dissection du sol de prairies permanentes (âgées de plusieurs siècles) de l’Abbaye de Citeaux, ont permis de mesurer la longueur des galeries de vers (ayant un diamètre supérieur à 2 millimètre). Un hectare de prairie contient 4000 kilomètres de galeries, soit 400 mètres au mètre carré de sol. La surface des galeries est 5 fois supérieure à la surface du sol (5 mètres carrés de galerie par mètre carré de sol superficiel).

Les lombriciens tiennent ainsi un rôle majeur dans la circulation des nutriments, de l’eau et de l’air dans les sols. Ils sont en ce domaine bien plus efficaces que les pratiques de labours (et probablement de grelinette 🙂 Dans le premier millimètre de sol de ces galeries, ont dénombre 47% des microorganismes fixateurs d’azote libre du sol. L’auteur a élaboré un micro-thermomètre corporel, qui, introduit dans la cavité cœlomique des lombrics par un pore dorsal, lui a permis de mesurer que la température préférée des lombrics est de 12°C et qu’ils se déplacent dans les sols pour conserver cette température.

Grâce à des techniques de marquage par coloration et avec des isotopes radioactifs de l’azote et du carbone, l’auteur et les chercheurs associés ont pu quantifier la participation des lombriciens aux cycles de l’azote et du carbone dans les sols. Contrairement aux pertes considérables qui affectent les apports d’engrais chimiques artificiels dans les sols, il y a transmission sans perte de l’azote depuis les vers de terre vers les plantes.

Bien d’autres choses sont encore à découvrir dans cet ouvrage fondamental, dont j’encourage fortement la lecture à ceux qui voudraient mieux connaître les lombriciens et comprendre leurs origines, leurs rôles dans la formation et la santé des sols.