Pourquoi utiliser la phacélie comme engrais vert ?

par Veille-Permaculturelle
Un champ abondant de phacelie

Une parcelle libérée après les récoltes se couvre vite d’herbes spontanées, ou reste nue sous les pluies d’automne. La phacélie comble ce creux du calendrier, semée à la place des légumes arrachés, elle forme en quelques semaines un couvert dense qui garde la terre occupée. Ses fleurs bleu-violet attirent en prime une foule d’insectes butineurs. Mais, comment l’installer sans bêcher et à quel moment la couper pour qu’elle nourrisse le sol sans se ressemer partout ?

Pourquoi la phacélie est-elle un engrais vert si efficace ?

La phacélie à feuilles de tanaisie est une plante annuelle originaire de Californie, cultivée depuis longtemps en Europe comme couvert végétal. Son succès au jardin tient à une croissance rapide et à une grande tolérance, puisqu’elle s’accommode aussi bien d’un sol sableux que d’une argile lourde.

Quelques repères chiffrés aident à mesurer ce qu’elle apporte. Ils valent pour un semis réalisé dans de bonnes conditions :

  • Elle lève en une à deux semaines lorsque la terre est chaude et humide.
  • Elle couvre entièrement le sol en six à huit semaines et atteint 60 cm à 1 m de hauteur.
  • Une dose de 1 à 2 g de graines par mètre carré suffit pour obtenir un couvert dense.
  • Elle supporte les gelées légères, mais la plupart des plants disparaissent autour de -8 °C.
  • Elle appartient à la famille des Boraginacées, qui ne compte presque aucun légume cultivé, ce qui préserve les rotations.

Sous la surface, son chevelu racinaire fin et abondant émiette la terre et améliore la structure du sol. Ses racines prélèvent aussi une partie de l’azote resté disponible après les récoltes, qui serait sinon entraîné par les pluies. Cet azote retourne à la terre lorsque la plante est coupée et se décompose. Attention toutefois, la phacélie ne fixe pas l’azote de l’air, contrairement aux légumineuses comme la vesce ou le trèfle.

Au-dessus, son feuillage découpé protège la parcelle des pluies battantes et du dessèchement, tout en étouffant une bonne partie des herbes indésirables. Ne jamais laisser la terre nue fait partie des premiers réflexes à adopter quand on souhaite se lancer en permaculture et la phacélie remplit ce rôle grâce à une double action, couvrir le sol pendant sa croissance, puis nourrir sa vie biologique après la coupe.

Quand semer cet engrais vert au potager ?

La période de semis s’étend de mars à septembre, avec deux fenêtres particulièrement pratiques. Au printemps, un semis précoce occupe une planche réservée aux cultures tardives comme les poireaux d’hiver ou les choux d’automne, à condition de compter deux mois de croissance et quelques semaines de décomposition. Sur un petit potager où chaque mètre carré compte, le semis de fin d’été reste le plus facile à caser, il prend la place des pommes de terre, des oignons ou des haricots dès leur récolte, dans un rôle de couvert d’interculture.

La levée est plus régulière dans une terre réchauffée et humide, ce qui rend les semis d’août et de début septembre très fiables. Plus tard, la croissance ralentit et les fortes gelées peuvent détruire les plants. Ce n’est pas un échec pour autant, car les tiges couchées continuent de couvrir le sol durant l’hiver et se décomposent sur place.

Pour un couvert plus complet, la phacélie se sème volontiers en mélange avec une légumineuse comme la vesce, qui apportera de l’azote, ou avec de l’avoine, dont les racines plus profondes complètent son action. Ce type d’association reprend le principe des couverts utilisés en grandes cultures, adapté à l’échelle d’une planche de jardin.

Plante de phacelie en fleurs

Comment réussir le semis sans retourner la terre ?

Retirez d’abord les herbes les plus vigoureuses, puis griffez légèrement la surface avec une griffe ou un croc. Un travail superficiel suffit sur une terre déjà cultivée, nul besoin de bêcher profondément pour installer ce couvert.

Répartissez les graines à la volée, en les mélangeant éventuellement à un peu de sable pour obtenir une distribution homogène. Recouvrez-les ensuite d’environ un centimètre de terre avec le dos du râteau, puis tassez doucement. Cette étape compte plus qu’il n’y paraît, car les graines de phacélie germent mal à la lumière et ont besoin d’un bon contact avec le sol.

Un semis réalisé juste avant une pluie annoncée limite les arrosages. Par temps sec, humidifiez la parcelle en pluie fine jusqu’à la levée, sans détremper la surface.

Fleur de phacelie dentelée

Pourquoi garder une bande fleurie pour les butineurs ?

Ses fleurs bleu-violet, regroupées en inflorescences enroulées en crosse, produisent un nectar abondant. Elle figure parmi les plantes les plus mellifères cultivées sous nos climats, et abeilles, bourdons ou syrphes la visitent du matin au soir. Réserver une petite bande fleurie en bordure du potager soutient ces insectes pollinisateurs, dont les courgettes, les fraisiers et les arbres fruitiers profiteront ensuite. Les syrphes rendent même un double service, puisque leurs larves dévorent les pucerons.

La plante trouve aussi sa place ailleurs qu’au potager, au pied d’un jeune verger, dans l’allée d’un carré surélevé ou en bordure d’un rucher. Quelques graines semées dans une jardinière suffisent même à offrir un relais fleuri aux butineurs sur un balcon en ville.

Cet usage doit toutefois rester distinct de l’engrais vert. Une phacélie laissée jusqu’à la maturité de ses graines se ressème facilement l’année suivante. Couper la bande fleurie avant ce stade permet de profiter des fleurs sans multiplier les repousses ; pour récolter vos propres graines, laissez au contraire sécher quelques inflorescences sur pied et recueillez-les par temps sec.

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